Pouêt-pouêt camembert

29/04/2021

Une nuit, j'ai eu cette révélation : je parle trop. Faut que je te raconte le pourquoi du comment (méfie-toi c'est avec ce genre d'amorce que je jacasse pendant un moment).

C'était après une fameuse soirée filles. Comme j'avais besoin de ce moment amical ! Ma bouche à parlotte était pleine à ras-bord, j'étais sur le point d'exploser. Vite, il me fallait ma dose de copines pour laisser libre court à mon blabla, et le superposer au leur. J'aurais pu faire un Caprice des Dieux pour que mes copines viennent. Mais je n'ai pas eu besoin, elles avaient aussi des boîtes pleines à craquer, et des bouteilles de vin à déboucher... On était bien, entre amies (molette), avec le Président posé en bout de table. Inutile de préciser qu'une fois le Prosecco vidé, nous débordions de mots à renverser. Nos boîtes à blabla ont explosé en mille morceaux de phrases, en mille éclats de blagues. Surtout que dans le lot, j'ai une amie Kiri très facilement, alors je me sens obligée de plaisanter beaucoup, beaucoup. Trop, sans aucun doute.

Non, je n'étais pas cuite, juste un peu fondue. L'ambiance, évidemment, était chaleureuse, pas de givre à décrocher à coup de raclette. Au milieu des blablas, quelques notes de musique alimentaient notre euphorie et notre conversation. J'ai mis du rock, du Roquefort, et par-dessus, j'ai chanté. En français, in ingliche, en yaourt. Ma bouche était en roue libre. Totalement libérée.

Mais voilà... Être une bouche libérée, tu sais c'est pas si facile. Les suites de cette soirée ont été dures, la vache. Dès que je me suis couchée, le lit tournait, le saligaud. Et dans ma tête, roulaient mes mots et ma voix blablateuse. Mes pauvres amies, que je me suis dit, elles ont entendu toute la soirée mon blabla bulleux. J'avais fait bien trop de Brie ce soir-là. Peut-être que pour elles, la soirée avait alors été râpée ? Je me suis endormie en me promettant de diminuer le fromage, le flux de mes mots, et aussi un peu le Prosecco.

Le lendemain, j'ai eu une vilaine migraine causée par l'évidence de mon papotage incessant (aucun rapport avec le Prosecco). Entre mal de tête, introspection et autoflagellation, j'ai failli devenir chèvre. Je répertoriais tous ceux que je fatiguais avec ma boîte à blabla. Je me suis demandée si, finalement, je n'étais pas un peu sadique. À couper la parole à mes amies aux bouches libérées, à papoter quand le sommeil s'empare de mon homme, à questionner en boucle quand le téléviseur hypnotise mes gosses, à monologuer quand le public rêve de tranquillité...

J'ai beau tenter de revisser le couvercle de ma boîte à blabla, je m'entends continuer à bavasser en même temps. J'ai la sensation d'être dédoublée : une partie de moi aspire au silence, pendant que l'autre, égoïste et infatigable, aspire à l'épuisement verbal. En plus d'entendre mon blabla extérieur mélangé à la voix intérieure qui me somme de me taire, je capte les pensées de mes interlocuteurs, qui hurlent dans leur tête : « Mais ferme ta boîte à camembert ! »

Le pire, peut-être, c'est quand ma bouche parle toute seule de la pluie et du beau temps, sans même concerter mon cerveau ou mon cœur. Elle laisse couler tout un flot de paroles futiles. Politesse, mondanités, sociabilité ? Surtout de l'indiscipline, oui ! Quel besoin, hein, de faire la conversation avec n'importe qui, et de préférence les gens pressés ? Et ces phrases toutes faites : « Eh oui, y a plus de saison, mon garçon ! Ben ça, c'est pas étonnant ce temps, on est en décembre / août... Ça fait du bien un peu de soleil / pluie / neige... » Mais qu'on me glisse un fromage dans le bec, s'il vous plaît, que je cesse de croasser !

Enfin, si j'écris tant c'est sans doute pour diminuer un peu le stock de mots qui encombre ma bouche. Ma boîte à blabla a tant à dire... Je pourrais d'ailleurs écrire des centaines de confidences. Des tommes et des tommes...

Voilà, si tu as une astuce pour fermer ma boîte à camembert, je prends. Je t'offrirai le silence et la tranquillité en retour. Et promis, j'arrêterai les jeux de mots moisis.

Tu peux Comté sur moi.