6. Le nouveau coloc

05/03/2022
Photo 15 ans après la coloc...
Photo 15 ans après la coloc...


Un an de plus s'est écoulé dans ma petite chambre de bonne. J'ai réussi à valider mon année universitaire, essentiellement grâce à de récents amis, plus sérieux que moi, qui avaient bien voulu me partager leurs cours. Je les salue ici, merci les copains ! Miou-Miou a, quant à lui, obtenu un Master fugue, sans l'aide de personne. J'avais donc rencontré tous les voisins dans un cercle de deux kilomètres. Et même si la plupart étaient sympathiques, j'en avais marre


J'avais maintenant envie de ne plus vivre seule, et cela tombait bien, un bon copain du lycée voulait habiter en colocation. Je trouvais géniale l'idée de m'installer avec un ami. Sa mère m'avait pourtant mise en garde : il n'en ficherait pas une pour le ménage, il vivrait à l'envers et dans le bruit. J'avais haussé les épaules. Pas grave, j'avais déjà un Chat, ce serait comme en avoir un deuxième, bien plus grand.


Pour fêter ce premier déménagement, et l'arrivée d'un colocataire dans notre vie, Miou-Miou a fait, dès les premiers jours, un cadeau de bienvenue à mon ami : une jolie crotte sur son oreiller. Quand le coloc a pointé du doigt l'offrande sur le lit, j'étais aussi confuse qu'amusée. Il me fallait sauver la peau de mon Chat, j'ai assuré que c'était la première fois, et que ce serait la dernière, promis. Mais ce geste symbolique de protestation féline, contre l'apparition d'un autre compagnon sur ce nouveau territoire, m'a fait rire pendant des années. J'aurais bien fait un check de la patoune à Miou-Miou, parce que la blague était aussi drôle et lourde que celles que pouvait faire notre coloc. Le cadeau empoisonné n'a, heureusement, pas déclenché une guerre entre ces deux êtres, en soi assez similaires.


En effet, je ne sais pas qui, du copain ou du Chat, était le pire colocataire. Ils vivaient tous deux à l'envers, retournaient l'appart, et avaient sans cesse la dalle alors qu'ils ne faisaient pas grand-chose pour remplir le frigo ou laver des gamelles. Heureusement qu'ils étaient sympas, et qu'avec eux je pouvais rester naturelle et égale à moi-même. En gros : paresseuse, angoissée, paumée, sociable, rêveuse et fêtarde.


Voilà, Miou-Miou et moi avions un nouveau coloc, et c'est un peu comme si j'avais un nouveau Chat, les câlins en moins. Pas d'ambiguïté, on était potes, et on l'est toujours d'ailleurs. On a survécu à notre courte colocation, aux histoires de tours de vaisselle, de frigo rempli ou vidé, de poubelles débordantes à aller jeter…


Nous avions choisi un grand appartement, proposé pour des étudiants, à condition qu'ils soient sérieux. Sérieux ? Bien-sûr que nous le serions, avions-nous assuré ! Aussi sérieux que tous les amis que nous inviterions à la moindre occasion ou non-occasion. Mon pote était aussi engagé dans ses études que moi dans les miennes. Nous avons donc passé de longues heures à réviser notre stratégie avec Zelda ou Mario, à bûcher la trilogie des Aliens en pleine journée, à disserter sur nos soirées passées et à venir, à expérimenter tous les panels des soirées et associations étudiantes. J'ai aussi été initiée à la lecture de BD, auxquelles je ne touchais pas jusqu'alors. Avec la médiathèque juste à côté de l'immeuble, je pouvais remplir mes besaces des collections de Loisel, Gotlib, Bretécher… Je faisais ma propre littérature comparée, à défaut de suivre attentivement celle dispensée par l'université. A cette époque, je me suis montrée très assidue dans la fréquentation de la bibliothèque, qui remplaçait bien trop souvent ma fréquentation des amphis de Lettres.


Le soir, notre grand appart se changeait en bar, en restaurant, en boîte de nuit, en dortoir. Le Chat assistait, impassible, à nos conférences et nos délires absurdes. Il attendait gentiment son tour pour entamer ses bêtises, qui ne sauraient tarder à arriver. Notre appart était le lieu des grands défilés de copains, de copains de copains, de copains de copains de copains… L'endroit idéal pour les apéros avant de pédaler jusqu'au centre-ville, l'endroit idéal pour poursuivre la fête après avoir pédalé depuis le centre-ville. Enfin, c'était aussi le rendez-vous des bons amis, de leurs blagues cultes, de leurs confessions de jeunes adultes, de leurs errances dans l'ère de notre temps. Nous étions jeunes, joyeux et bruyants. Et même si mon coloc s'opposait souvent aux complaintes de Janis, dont il était lassé disait-il (n'importe quoi, qui pourrait s'en lasser ?), la musique vibrait sur les murs de notre T3, de jour comme de nuit. Un joli tapage diurne et nocturne parsemé de mégas miaulements de la mort made in Miou-Miou.


Pas de chance, notre voisine d'en face était de la police. Ce n'est pas une blague. Et après nous l'être mise bien à dos, nous l'avons mise dans notre poche. Un petit apéro, un repas, quelques négociations, et la police était de notre côté. Nous étions balèzes en argumentation, et nous savions arroser nos invités afin de les mettre de notre côté. Dommage, elle n'était pas assez corrompue pour nous obtenir la validation, non méritée, de notre année scolaire en cours…


Miou-Miou semblait aussi apprécier son nouveau lieu de vie, malgré l'absence de jardin. L'appart était grand et offrait un beau potentiel de conneries à faire. Déchirer la tapisserie, lacérer les canapés compris dans la location, courir comme un dératé dans le beau couloir… Même le balcon, qui nous servait de poubelle à carcasses de bouteilles, semblait lui convenir.


Ah oui, nous avions un balcon au sixième étage. Cela te rappelle quelque chose ? Tu te souviens que Miou-Miou aimait jouer le funambule ? Et qu'il avait fait voltiger le cœur de Mamé ?


L'histoire allait se répéter, mais ce coup-ci ça allait déraper…


© 2020 Mathilde L, PAU
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