Confidences d’une confinée 25 Naissance et paradoxes

Numéro vingt-cinq : Naissance et paradoxes

Toutes les naissances me font pleurer. Les naissances de mes bébés évidemment, des bébés de la famille, des bébés de la famille de la famille, de ceux des amis, et des amis des amis. Aussi, l'avènement des belles réalisations me tirent des larmes. Les pas en avant, les engagements. Les miens, ceux de la famille, de la famille de la... Tu as compris le principe ? On ne pourra pas dire que je n'ai pas assez arrosé la terre de l'eau salée de mes yeux.

Je pleure de joie certes. Mais je pleure aussi parce que je suis bien consciente que chaque naissance fait germer tout un tas de paradoxes... Regarde la maternité. Quand  les bébés naissent, les infernales contradictions parentales apparaissent. Vouloir materner, mais avoir besoin d'être une femme (ou un homme). Désirer couver ses oisillons, mais espérer qu'ils volent de leurs propres ailes. Souhaiter leur épanouissement, mais craindre qu'ils poussent trop vite...

Les histoires d'amour ? C'est beau l'amour qui éclot, n'est-ce pas ? Au commencement, on est épanoui comme une jolie fleur de printemps. Et puis après, les paradoxes nous tombent dessus tels des giboulées de mars sur la rose sortie trop tôt. Un couple c'est à peu près les mêmes dilemmes que la maternité. Désirer être inséparables mais avoir envie de voler de ses propres ailes. Aimer le confort du nid douillet mais apprécier la liberté des vols en solitaire. On en parle du moment où la jolie fleur enfile sa peau de vache ? Tu sais ce que j'aime ? Bouder pour que mon homme vienne vers moi, parler pour qu'il se taise, me taire pour qu'il parle. Dire oui pour qu'il comprenne non (Oui, vas-y sors, avec tes copains, à l'ombre des jeunes filles en fleurs, pas de problème.), dire non pour qu'il comprenne oui (Non, pas de bouquet pour la Saint Valentin, c'est seulement une fête commerciale.). Ces comportements féminins paradoxaux vont de pair avec l'amour, je n'y peux rien, vraiment.

Et la naissance d'une idée, la création d'un projet ? Quand l'inspiration fait un bébé avec le cœur. Tu connais le résultat ? Des contresens dans tous les sens ! D'abord, regarde : je déteste raconter ma vie or j'adore écrire ces confidences. L'écriture est pour moi synonyme de plaisir et de liberté, pourtant je suis emprisonnée dans cette liberté qui me réveille la nuit pour me contraindre à écrire.

Je voudrais voir éclore plein de nouveaux rêves bourrés de paradoxes, et éclabousser encore la terre de mes larmes émues. J'aimerais voyager avec ma famille, ne pas rester plantée là, et avoir un grand jardin et un potager. Aller là où le vent nous mène, et m'implanter à la campagne. Vivre dans une roulotte, et avoir une bibliothèque et une grande pièce pour écrire. Me balader autour de la Terre et être tout près de ceux qu'on aime. Tout plaquer et garder mes petites habitudes. Oui, je dois encore trouver un moyen de nouer ces paradoxes ensemble. Quelques mois de gestation feront sûrement mûrir mes rêves...

La naissance en soi est un paradoxe. Voilà pourquoi ma confidence porte un titre semblable aux romans d'Amélie. (Avoue que tu as remarqué... Naissance et paradoxes ! Elle ne l'a pas déjà écrit celui-ci j'espère ?) Je n'ai pas pu dissocier les deux concepts. La naissance annonce une victoire sur la mort, mais aboutira inéluctablement à la victoire de la mort. Tu comprends pourquoi on chiale dès qu'on vient au monde. C'est annoncé dès le début : la vie est une arnaque bourrée de paradoxes. Finalement, au vu du nombre de contradictions, le vieux barbu doit être une femme...

Un jour prochain, ce qui est né il y a presque deux mois mourra : j'arrêterai de t'écrire. Puis un autre projet naîtra, enfin j'espère. Et j'espère, surtout, que la tornade autour de nous s'essoufflera bientôt. Alors ce sera le moment de semer de nouveaux rêves, pour récolter de nouveaux bonheurs...

On sera comme le phœnix, on renaîtra de nos cendres, d'accord ? Et on essaiera d'être heureux, promis ?