Confidence déconfinée 9 Des merveilles dans les oreilles

"Le monde d'après", va savoir si on y est déjà... Je ne sais pas ce que tu en penses, toi, t'es sans doute un peu déçu comme moi. Si on continuait à chercher l'Essentiel, ça te dit ? Tu viens, on va voir les petits bonheurs à portée de main ?

Numéro neuf : Des merveilles dans les oreilles

Je t'ai déjà parlé de la chance d'avoir tous nos sens. Aujourd'hui, j'aimerais te chuchoter dans le creux de l'oreille ces petites merveilles qui ravissent mes esgourdes.

J'aime entendre la nature chanter. D'abord, la campagne et sa douce mélodie. Le récital de l'été : grillons ou cigales, je confonds toujours les deux, qu'importe, ils jouent des cymbales. Les gazouillis des oiseaux que je ne sais pas distinguer mais dont j'admire le babillage. Je tente parfois d'interpréter ce qui sonne comme une dispute familiale, une guerre de voisinage, ou une sérénade amoureuse. J'aime quand bourdonnent les abeilles, quand coassent les grenouilles et croassent les corbeaux (ou l'inverse)... J'apprécie de loin les sifflements inquiétants qui pourraient provenir de serpents, ou pourquoi pas d'horribles araignées. La campagne grouille de petits bruits de la faune, qui me régalent les oreilles, et m'apaisent. Je n'évoque pas les moustiques, d'accord ? Ceux-là jouent tellement faux que je leur balancerais bien des tomates pourries, entre deux applaudissements criminels.

Dans cet orchestre naturel, jouent aussi les instruments des éléments élémentaires. L'air. Le vent qui souffle doucement et caresse les arbres. Le bruissement des feuilles d'automne qui tourbillonnent. L'eau. Le léger clapotis du lac de montagne. Le son de la pluie qui tapote le toit de la maison, et s'abat dans le jardin. Les seaux d'eau jetés du ciel qui inondent la terre, dans un boucan trempé.. Le feu. Le fracas de l'orage qui me traverse des oreilles jusqu'au pied. J'ai peur de l'orage mais, paradoxe de plus, j'adore entendre sa colère. Je serais bien tentée, comme le Chat, de m'écraser sous un meuble le temps qu'il termine sa musique électro, mais la présence de ceux qui n'ont pas peur suffit à me rassurer. Cela tombe plutôt bien, parce que j'ai eu le coup de foudre pour un homme qui ne craint pas l'orage. Mieux, il adore ça. Ses yeux s'éclairent quand l'éclair fend la nuit, son cœur s'accélère quand il entend le tonnerre. Si ce spectacle se joue au-dessus de l'océan, pour lui c'est l'apothéose.

Les petites merveilles pour les oreilles, ce sont aussi les bruits des vacances. Le roulement des vagues. Le grondement de l'océan déchaîné, dans lequel je ne tremperai pas un pied. Le brouhaha de la plage, où les cris des mouettes se mélangent à ceux des gamins joyeux, où les bavardages plongent dans les rouleaux de bord. J'aime le son de la piscine et de l'animation qui va avec. Les ploufs des bombes des enfants et grands enfants qui se jettent dans le grand bain. Le bruit de l'eau qui s'échappe en trombe de la piscine pour éclabousser les rires et les cris alentours. Le glouglou de la piscine à qui on laisse quelques instants de répit. J'aime le pétillement de la fête, le bourdonnement musical des restos animés où les bavardages des clients se mêlent aux commandes lancées à voix haute. J'aime le son des verres qui se cognent, des couverts qui tintent contre l'assiette, et la petite musique qui s'échappe des enceintes, ou d'un concert joué en terrasse. Mes oreilles envoient alors rapido l'info au cerveau : C'est l'heure de profiter, on n'a qu'une vie !

Et puis, il y a ce petit ronronnement du quotidien qui fait tant de bien. Les murmures matinaux des enfants, qui ne savent pas murmurer. Le Roo, Miaou ? du Chat qui me salue au réveil. Le grésillement des pommes de terre qui rissolent dans la poêle et du poulet qui rôtit dans le four. Le doux ronflement des proches quand l'insomnie me poursuit, et le ronflement baveux du félin qui dort sur mes pieds. La musique évidemment, celle que j'écoute en voiture (Simone), celle que je colle à mes tympans en t'écrivant, celle qui me fait toucher le ciel et vibrer très fort... La percussion d'un clavier d'ordinateur tapoté par des doigts rapides et délicats. Le fredonnement de ceux que j'aime. En vrai ou à travers un téléphone. Et entendre leur voix sourire, comme un doux ronron dans le téléfon.

Le bourdonnement de la vie qui continue... Tu connais ? C'est lorsqu'on a la sensation que le temps s'est figé, et que, soudain, la musicalité de la vie nous enchante . Elle vient nous consoler, nous rassurer... J'ai un souvenir de lycée qui illustre ce bourdonnement. Les DS de maths. Pour une illogique comme moi, tu imagines bien, c'était une vraie torture. Je séchais complètement tout en suant à grosses gouttes. Je désespérais, je n'arriverais jamais à rien, j'étais fichue. Et, tout à coup le chant d'un oiseau volait jusqu'à mes oreilles. Merveille... Je réalisais alors que la terre continuait à tourner, même si je ne savais pas mesurer l'aire d'un cercle, que la nature chantait encore, même si je ne maîtrisais pas le solfège mathématique. L'oiseau semblait chanter : Ce n'est pas grave si tu te plantes encore. Ne laisse pas le désespoir planter ses racines...

Je ne sais pas mesurer l'aire d'un cercle, non. Mais je sais mesurer ma chance d'avoir ce sens qui me permet d'entendre la grande symphonie de la vie. Je peux dormir sur mes deux oreilles, demain j'entendrai encore toutes ces merveilles...

En attendant, j'enfile mes boules Quies. Parce que mes oreilles, je les aime, sauf si elles me réveillent.