Confidence déconfinée 8 La vie c'est comme un ascenseur

"Le monde d'après", va savoir si on y est déjà... Je ne sais pas ce que tu en penses, toi, t'es sans doute un peu déçu comme moi. Si on continuait à chercher l'Essentiel, ça te dit ? Tu viens, on va voir les petits bonheurs à portée de main ?

Numéro huit : La vie c'est comme un ascenseur

La vie n'est pas un long fleuve tranquille, je ne t'apprends rien. La vie n'est pas non plus comme une boîte de chocolat, et c'est bien dommage Forrest, parce que j'aime beaucoup le chocolat. La vie c'est comme un ascenseur, déglingué, évidemment.

Ce n'est pas le genre d'ascenseur vitré, qui fait tranquillement grimper de la naissance à Saint Pierre. Ce serait trop logique. La vie n'est pas un long ascenseur logique. C'est une machine disjonctée et lunatique qui n'appartient qu'à soi, et nous embarque dans un sensationnel voyage ascensionnel.

Quelques exemples d'un parcours d'ascenseur de vie classique ? Un grand-père qui meurt : chute de vingt étages. Des yeux plein de larmes, et un cœur en lambeaux... Un bébé qui naît : ascension de cent étages. Des yeux plein de larmes, et un cœur en flambeaux... Parfois, un simple regard noir poussera jusqu'au sous-sol de la mélancolie. Parfois, un simple sourire joyeux projettera dans les nuages. Un jour, un petit bonheur fera pousser de dix étages. Un autre jour, il ne fera pas bouger d'un pétale. Je ne suis pas scientifique, mais j'ai tout de même assez de logique pour repérer le manque de proportionnalité. En plus d'être détraqué, l'ascenseur est calé sur nos humeurs et émotions.

Il arrive que dans la même journée, l'ascenseur donne le vertige et la nausée, des frissons et des hauts le cœur. À trop secouer, trop hésiter, trop changer de palier. Un peu comme si des gamins avaient appuyé, pour s'amuser, sur les boutons de chaque étage, avant de s'enfuir en galopant. Pour éviter les secousses, on peut toujours tenter l'escalier. Mais la vie s'adapte à la forme qu'on lui donne. L'escalier réserve aussi des chutes, des regains d'énergie pour gravir les marches en courant, des semelles glissantes qui envoient sur le postérieur, six pieds plus bas. La vie, on ne la lui fait pas à l'envers : qu'importe le moyen de locomotion, on reste rarement sur le même palier.

Certains courants électriques font court-circuiter la machine. Un coup de foudre grille tout le système. Des papillons dans le bide, on fuse mille étages plus haut. Et on sème des neurones pendant le voyage. C'est que le cœur les pompe pour pulser plus fort. C'est que l'ascenseur de la vie les intègre à son énergie pour toucher les hauts paliers des débuts amoureux. La machine comprend qu'il y a urgence. Urgence à aimer. Urgence à toucher le ciel. Comme quand on devient parent. Ou quand on vibre, que l'extase agite nos méninges, nos tripes, ou mieux les deux.

On prétend que lorsqu'on touche le fond, il suffit de mettre un coup de pied pour remonter. À quoi bon cogner sur la vie ? Il y a des boutons. Pour se hisser, il faut les trafiquer, les titiller, les maltraiter ou les supplier. On peut aussi leurrer l'ascenseur de la vie en faisant semblant d'être en haut pour relancer l'appareil et monter, pour de vrai. Quelquefois cela fonctionne. Je dois d'ailleurs te faire une confidence : j'ai trompé mon ascenseur grâce à toi. Je t'ai écrit mon bonheur, et j'ai fait croire à la machine que j'étais au dixième étage alors que j'étais bloquée au rez-de-chaussée. Avec le plaisir de t'écrire mes sourires, j'ai réussi à m'élever, pour de vrai.

La vie joue au yo-yo avec nos émotions, nos passions, nos tensions. Ses imprévus balancent nos cœurs de haut en bas, de bas en haut. Et c'est ce qui la rend magique. Savourons donc la vue quand nous avons la chance d'être en haut. Et cramponnons-nous à la rampe pour anticiper la chute certaine qui suivra.

D'ailleurs, accroche-toi bien, voici la chute de ce texte. Et elle est nulle. Tu es prêt ? Je t'écris, je t'écris et toi tu ne me donnes rien en retour. À quel moment tu me renvoies l'ascenseur, hein ?

Je t'avais prévenu...