Confidence déconfinée 2 Éloge de la solitude

"Le monde d'après", va savoir si on y est déjà... Je ne sais pas ce que tu en penses, toi, t'es sans doute un peu déçu comme moi. Si on continuait à chercher l'Essentiel, ça te dit ? Tu viens, on va voir les petits bonheurs à portée de main ?

Numéro deux : Éloge de la solitude

Oui, j'oserai faire son éloge à l'heure du déconfinement et des probables grandes retrouvailles. Tu te souviens que le romantisme est mon mouvement de prédilection ? Tu sais, le meilleur partenaire du romantique est la solitude. Ensemble, ils forment un couple formidable. L'écriture est pour moi un prétexte précieux pour donner la main à la solitude.

Marcher en solitaire est aussi une activité que j'affectionne particulièrement. Dans ma bulle, je laisse éclater, sans artifices, toutes mes pensées : les profondes, les absurdes, et aussi les superficielles. Seule, mes remarques s'échappent librement, sans fioritures. Je m'extasie avec légèreté du vert de l'herbe, du bleu du ciel, de la raideur d'un chemin. Il y a des pensées qui ne se partagent pas car elles sonnent ridicules à l'oreille qui les attrape, alors que du fond de mon cœur, je les trouve savoureuses. Seule, je ne regretterais pas de laisser s'enfuir de ma bouche une exclamation spontanée, telle que : Oh mon Dieu, c'est si beau un cheval qui hennit dans le vent, tout en haut d'une montagne. Oui, c'est bien ça mon image de la liberté ! Je ne choisis pas cet exemple au hasard... J'ai laissé cette remarque filer de mes lèvres lors d'une balade familiale. Mon homme m'a regardée, interloqué. Il faut préciser qu'il était occupé à donner une leçon de SVT aux enfants qui observaient avec fascination le captivant travail des bousiers. Il était bien loin de mon univers, et des vers que je commençais déjà à composer dans ma tête... J'avais oublié, un court instant, que ces rêveries de promeneuse solitaire ne se partagent pas à voix haute.

En réalité, je ne suis jamais vraiment seule. Mon cafard, mon animal de compagnie, est toujours près de moi. Lorsqu'il n'y a personne autour, je peux le caresser sans honte, l'écouter et le consoler, lui accorder une place bien à lui. Cette attention totale me garantit une paix royale pour les jours suivants. Après ces moments de partage, il retourne sagement se lover dans ma poche. J'évite ainsi qu'il cavale à tout-va, sans muselière, parce que mon cafard peut mordre ceux que j'aime...

La solitude est une fenêtre sur l'horizon, elle m'offre une vue panoramique sur mes rêves à venir. Elle fait défiler les clichés du passé pour flatter ma nostalgie. Elle m'incite à me baisser pour cueillir l'instant présent et faire de beaux bouquets d'espoirs. Cependant le prix de ma solitude est souvent cher : je blesse mes proches en m'éloignant... On croit souvent que je fais la tête, alors que j'ai juste besoin de rentrer dans ma tête. On s'imagine que je ne veux penser qu'à moi. Pourtant, seule, je me connecte aux autres avec plus de force et de clairvoyance, je lis ce qu'ils font à mon cœur et mesure leur grandeur. Leur absence m'aide à mieux les comprendre. Le recul m'aide à mieux les aimer. C'est comme un bain d'asociabilité pour redevenir sociable. C'est curieux ?

La solitude, souvent couplée au silence, me permet d'accorder du temps à mes pensées pour qu'elles se matérialisent et s'emboîtent comme des milliers de pièces de Lego. Une fois assemblées, mes idées peuvent alors être partagées. Sans cette étape de "traitement en solitaire", mes phrases risquent de sortir en mille morceaux pointus, et de blesser les pieds de ceux qui marchent dessus.

Je ne peux échapper à cette attraction incroyable, la solitude m'attire vers elle, comme un aimant qui m'apprend à aimer. Elle est puissante, tu sais ? C'est aussi une manipulatrice. Si je ne lui accorde plus le temps qu'elle mérite parce que mon quotidien est trop chargé, elle invente des astuces pour que je me retrouve en tête à tête avec elle. Elle m'empêche de filer dans le sommeil pour éclairer ma nuit, elle me prend par la main pour sortir du lit, afin que j'écrive avec elle, ou simplement que je discute en silence de tout ce que je n'ai pas eu le temps d'analyser, de rêver... Parfois, elle me réveille à l'aube et m'entraîne à la fenêtre regarder le lever du jour. Nous partageons alors quelques gorgées de café et des tartines de beurre et de bonnes résolutions pour la journée à venir.

La solitude m'aide à ranger, rêver, grandir et survivre... C'est comme une grande feuille vierge sur laquelle poser tous ces mots et ces maux qui roulent dans ma tête et risquent de me faire perdre la boule si je ne les jette pas quelque part. La solitude se fiche de la forme de mes idées, elle se moque que certaines soient tordues, absurdes, trop sombres ou bien trop naïves. Avec elle, je peux rêver à des choses folles, décider de tout plaquer, de changer de vie, de travail, ou simplement de robe. Elle ne paniquera pas, ne jugera pas. Et surtout elle ne me reprochera pas de ne pas avoir tenu parole. Les promesses que je lui fais n'engagent que moi.

Seule, face à mon écran, je peux oser laisser s'envoler ces mots, sans doute niais. Tant pis, ils n'appartiennent qu'à moi. Je maintiens alors, et développe mon idée. Ce cheval qui hennit dans le vent, au sommet d'une montagne, là où s'embrassent la brume et les nuages : c'est l'image idéale de la liberté. Mieux, c'est l'allégorie même de cette merveilleuse solitude romantique.