Confidence déconfinée 16 Lâcher prise

"Le monde d'après", va savoir si on y est déjà... Je ne sais pas ce que tu en penses, toi, t'es sans doute un peu déçu comme moi. Si on continuait à chercher l'Essentiel, ça te dit ? Tu viens, on va voir les petits bonheurs à portée de main ?

Numéro seize : Lâcher prise

En cours de physique, je n'étais qu'un corps conducteur. Les informations circulaient entre mes deux oreilles, sans jamais faire la moindre étincelle dans mon cerveau. Ce que j'ai appris d'essentiel dans cette spécialité, c'est la vie qui me l'a enseigné : la nécessité de débrancher pour ne pas exploser.

Niveau électrique, je suis un peu éclectique. Parfois survoltée, d'autres fois en sous-régime, complètement à plat, ou frôlant le court-circuit...

Je dois avouer qu'au quotidien, je suis souvent en surchauffe. La routine, je mets les deux doigts dans sa prise. Et ça douille un peu. Les cheveux en pétard, je veux avoir l'emprise sur tout. L'emploi du temps se veut millimétré d'une main militaire. Les appareils de la maison et mon esprit fonctionnent à plein régime. Et moi, je m'évertue à jouer non pas un coup d'avance, mais dix coups d'avance. Je voudrais bien m'éteindre, mais je n'ai pas encore trouvé où était mon interrupteur. Je me prends pour une multiprise, pour partager de manière équitable mon énergie et la distribuer dans tous les domaines : sentimental, familial, professionnel, amical, intellectuel, et le futile aussi... La fameuse charge mentale, tu connais ? Ce n'est alors plus une métaphore mais une vive douleur irradiant dans mon front et le bas de mon dos. Ma batterie tombe à plat. Ou bien je disjoncte. Enfin : mon cerveau court-circuite. Comme lors d'un coup de foudre, mais en nettement moins amusant. Orage, oh désespoir ! Mais pourquoi donc se mettre en hypertension pour si peu ?

Une pause s'impose. Alors je déguste une grande tasse de thé. Et soudain, son goût et sa chaleur réveillent les molécules du plaisir. Bon sang, je les avais oubliées ! Et je réalise encore, ce que j'oublie tout le temps... La nécessité de souffler, de se débrancher un peu, pour diffuser son énergie dans l'essentiel.

Parfois, je parviens toute seule à éviter le burnout et l'explosion de ma machine à contrôler. Je décide de lâcher prise, de décharger mes responsabilités, de laisser couler le temps... Je laisse alors circuler la vie sans vouloir à tout prix maîtriser son flux. J'ouvre un livre, un texte en cours d'écriture, une tablette de chocolat. Je ferme les yeux sur les vitres tachetées de traces de petits doigts et le boulot à préparer; ferme les oreilles sur le craquement des miettes dispatchées au sol et les messages du répondeur; ferme les poings sur les combats à mener, plus tard. Ce n'est pas grave si le linge s'entasse plus haut que le bord du panier, pas grave si la liste de choses à faire dépasse le bas de la page, pas grave si les enfants se couchent plus tard que de raison. « C'est pas grave ! », voilà la phrase du lâcher-prise. Tu sens comme elle fait du bien ?

Ces enfants d'ailleurs, petites particules élémentaires, ont bien compris l'importance du lâcher-prise. Profiter de l'instant, ça les branche carrément. Ils sont au courant que la joie fuse dans l'abandon de soi, dans la saveur du moment, sans prise de tête. Il suffit de se poser un peu et de les observer pour se souvenir. Au début de notre vie, le lâcher-prise coulait de source... L'enfant se laisse happer par le bonheur de l'instant présent, plonge dans l'océan du moment, envoie toute son énergie Duracell vers la joie et l'abandon de soi... Jusqu'à épuisement de sa batterie et / ou pétage de plomb parental.

Certes, partir en vacances aide à couper le contact avec la course du quotidien, mais la prise n'est jamais bien loin. Samedi, face au courant de Contis, j'aurais très bien pu y glisser mes doigts pour me prendre un coup de jus, et garder les pieds dans mes préoccupations. Mais en voyant mes enfants plonger dans l'eau, et profiter, j'ai choisi de faire comme eux. Les prises de tête peuvent être reportées au lendemain, mais la joie éphémère ne se reprogramme pas à notre guise. Aspirée par les ondes onduleuses de la piscine qui faisait face à l'océan, j'ai choisi de lâcher prise. J'ai choisi de vivre.

Je n'étais soudain plus une maman avec dix coups d'avance, j'étais une maman avec trente ans de moins. Je dois préciser qu'il y avait un toboggan aquatique, et qu'il m'attirait comme un aimant. Je n'ai aucune résistance face à ce genre d'amusement. Les toboggans et moi, nous avons toujours eu des atomes crochus. Ça aide à lâcher prise...

Oui, il faut veiller à éviter la surchauffe, faire attention à la surtension. Cependant, le « C'est pas grave » à outrance peut conduire à une panne générale de la machine, mais j'imagine que tu es déjà au courant ?

Bisous électriques (attention, ça pique !)