Confidence déconfinée 15 Après la tempête

"Le monde d'après", va savoir si on y est déjà... Je ne sais pas ce que tu en penses, toi, t'es sans doute un peu déçu comme moi. Si on continuait à chercher l'Essentiel, ça te dit ? Tu viens, on va voir les petits bonheurs à portée de main ?

Numéro 15 : Après la tempête

Tu as bien lu. Je voudrais te parler du calme après la tempête, et non avant. Je ne te dresse pas le portrait de la tempête, si ? Alors je n'utiliserai que des métaphores météorologiques, plus éloquentes et charmantes.

Le vent bouscule à plusieurs vitesses. Il y a les petites et les grosses tempêtes, mais elles nous basculent toutes. La brise des petits soucis et des mauvais jours. Le vent de catastrophes qui soulève le toit de ta tranquillité. Les giboulées de mars qui déboulent à toute saison. L'averse de larmes salées qui éclabousse les joues et la bouche. Les rafales de mots et de maux effroyables qui font vriller le ventre. L'ouragan effrayant qui démolit tout l'avant...

Il y a un après, a toujours assuré ma mère. Si elle le dit, c'est que c'est vrai. Puisqu'elle ne ment jamais, sauf quand elle affirme ne pas être épuisée après avoir gardé mes deux tornades. Oui : Il y a un après la tempête. Toujours.

Lorsque la tempête s'engouffre dans ma tête, j'essaie, contre vents et marées de garder le cap, de fixer la ligne d'horizon qui écrit au loin : après. J'aimerais te dire que je hisse les voiles, et me fais porter par le vent, gonflée d'adrénaline. Ce serait mentir. Tu sais, je ne maîtrise pas toujours la navigation sur les flots de la vie, alors avec de la houle... Et la tempête ne laisse pas le temps d'adapter ses voiles. Parfois pourtant, je tente de dessiner un arc-en-ciel d'espoir dans le ciel noir de ma mélancolie. Arc-en-ciel éphémère balayé par une rafale de doutes et de peurs. La tornade me fait vriller encore un temps. Je n'ai plus aucune force et me laisse balancer, nauséeuse, cafardeuse, tempétueuse... Et soudain, je retrouve le souffle pour siffler ce refrain : Il y a un après. Je lance aux stratus et aux nimbus, que je ne crains pas la tempête. Défiant le ciel, je hurle que je sais bien que le vent, malgré ses immenses poumons, finira bien par être vidé. Bien qu'accablée de doutes, je souffle la certitude que je veux m'insuffler : La tempête détruira ce que le temps rebâtira différemment.

Enfin, le vent s'essouffle, et je peux de nouveau respirer. Ce sont ces instants-là qui m'inspirent. Le ciel se tait. Les giboulées fondent. Mon palpitant ne tremble plus, il vibre doucement, caressant un doux espoir de sérénité. Comme la pluie laisse son odeur mouillée sur la terre, mes larmes laissent leur saveur salée sur mes lèvres. C'est fini...

Lorsque le vent s'endort, le soleil se réveille. La fameuse lumière au bout du tunnel... L'arc-en-ciel essentiel à ma survie se plante de ses deux jambes solides dans le ciel. Je bricole vite un nouveau toit pour protéger ma maison intérieure. Je ramasse les morceaux cassés, et songe à la façon de les rafistoler. Quelques gouttes de pluie s'échappent de mes yeux face aux morceaux cassés à jamais. Encore une averse de larmes, devant l'arbre coulé par le vent. J'essuie mes yeux pluvieux, et j'esquisse un sourire en sentant la force de l'arbre mort. La force de ses racines plantées dans mon cœur. Bois coulé, bois flotté... Le souvenir de ce que j'ai perdu décorera pour toujours ma mémoire. Ce qui était n'est plus, mais restera cependant aimé à jamais.

Après ce tourbillon d'émotions, je soupire. J'appelle ceux que j'aime, qui ont traversé la même tempête, ou bien qui se sont inquiétés de me voir braver les intempéries de la vie, de me voir en baver. Je m'assure qu'ils vont bien et qu'ils seront là pour profiter de l'après. Cet après à savourer et à réinventer...

Au milieu des débris de la tempête, je me réinstalle sur mon navire. Même s'il y en aura d'autres, cette tempête est terminée. Je saisis alors le gouvernail et pointe l'horizon pour voguer vers un nouveau jour.