2 Une main

06/11/2020

Je dois évoquer une partie du corps qui communique avec le cœur, une partie essentielle au bonheur. Alors aujourd'hui, je mets la main à la pâte pour t'en parler (pas à la patte, hein, mon Chat s'en lave les pattes de mes écrits).

Prendre sa vie en main, l'expression ne peut être plus éloquente, parce que tout passe par elle, la main. Et c'est main-tenant que cela se passe. Il ne faut pas remettre à de-main cette ambition de croquer la vie à pleines dents. Et il ne faut pas prendre les jambes à son cou, non. Tu comprends le principe des métaphores métaboliques ? Alors, autant te prévenir : mon texte sera cucul.

Même levé du pied gauche, avec un enchaînement piétinement de Lego et éclatage du petit orteil sur le coin du mur, une main tendue vers soi ne se refuse pas. La main d'une maman ou d'un papa lorsque l'enfance pique les yeux. D'un amoureux quand la vie pique un peu. D'un ami quand l'amour pique le cœur. De nos aînés quand le temps fane trop vite. D'un bébé quand la vie apporte la douceur... Une main aimée glissée dans la mienne, et mon bonheur est à son comble.

Je me souviens des jours anciens, des doigts collants de mes camarades de classe qui m'accompagnaient sur le terrible chemin de la cantine aux odeurs répugnantes, et de la force que ces doigts mêlés aux miens me donnait. Je me rappelle la douceur ferme de la main maternelle qui me faisait traverser les routes tortueuses, les gros carrefours de mon enfance, et les torrents de larmes. Je me souviens aussi des premiers battements de ma main amoureuse, qui se baladait sur une paume toute moite de premiers émois amoureux. Et enfin, je me rappelle ma main devenue maternelle et maternante, enrobant délicatement les doigts de mini-moi. Les souvenirs sensitifs de ma main battent encore la chamade. Des mains qui jouent en chœur avec le cœur, quel bonheur...

Je me souviens aussi des mains des anciens. Mon grand-père, qui me prenait la main sur le canapé, geste pudique et pourtant si aimant... Et l'idée qui traversait déjà mon esprit d'enfant, et qui me soufflait : « Profite, profite de ta main dans la sienne, un jour ce ne sera plus qu'un doux souvenir... » Quelquefois, il m'appelait à la rescousse, depuis le fond du canapé, pour que je l'aide à se relever. Sa main s'agrippait à la mienne, et du haut de mes huit ans je tirais de tout mon cœur pour le hisser sur ses pieds. Enfin, bien droit dans ses pantoufles, il s'exclamait : « Ah ouf ! Merci ma petite-fille préférée ! » (la compétition n'était pas serrée pour être la préférée, j'étais sa seule petite-fille). Oh, j'en ai mis du temps à réaliser que mes petits muscles ne l'aidaient pas à se relever, mais que le prétexte était trop bon pour ne pas l'utiliser. Qu'importe, si ma force ne l'aidait pas vraiment... Cette petite arnaque m'aura appris deux leçons : demander une main pour se relever, et accepter celle que l'on vous tend, même si elle est fragile.

Aujourd'hui, lorsque je vois mes filles se donner la main pour s'insuffler le courage de braver les intempéries de la vie, mon cœur fond. Elles ont compris. Compris qu'à deux on est plus forts. Et, quand l'une d'entre elles glisse vivement sa patte dans la mienne, je m'empresse de l'envelopper. Si elle fait ce geste, inné, c'est que le besoin de confiance est urgent, vital. Et j'espère, oui, qu'il y aura toujours un ami, un parent, un amour, pour lui ouvrir grand sa paluche et lui offrir tout le réconfort d'une peluche...

Souvent encore, mon homme me tend la main. Après tant d'années, l'information envoyée à mon cerveau, à mon corps, à mon cœur, m'électrise comme au premier jour. Me tranquillise. Il m'aime toujours, me dis-je, niaisement. Ma main dans sa main, mes doigts de pieds se détendent alors, en mode éventails. C'est ça l'amour. Cela ne tient pas à grand chose, juste deux mains qui s'embrassent.

L'essentiel, si l'on aime celui qui est à l'autre bout de la main, c'est de ne pas lâcher. Si la pogne est venue se réfugier ici, ce n'est pas pour qu'on la chasse...

Dans la paume que j'enlace de mes doigts, je sens tout : la peur d'une main humide, la douceur d'une main heureuse, la rigidité d'une main énervée, la fébrilité d'une main douteuse... On dit que les yeux sont les portes de l'âme, j'ajouterais alors que les mains sont les fenêtres du cœur.

Je te fais un joli cœur avec les mains (hydro alcoolisées), et tout plein de bisous (masqués). J'assume : le niais permet de faire un pied de nez à la vie qui pue trop souvent des pieds.

Salutations cucul.