1 Petits plaisirs d'automne

02/11/2020

J'aime l'automne, cette saison où les arbres jouent les séducteurs. Ils revêtent d'abord leurs habits de lumière, rayons de soleil à l'horizon de journées pluvieuses. Et puis, ils se dénudent entièrement, laissant paraître leurs branches nues insensibles aux frissons de l'hiver. Les arbres sont des aguicheurs dont j'apprécie toute la splendeur à l'automne.

Comme l'arbre, je revêts aussi un habit d'automne. À la maison, je passe ma tenue confortable mode automne-hiver 2000-2020 (ce genre de feuillage ne fane pas). Oui, j'aime, quand l'automne et les premiers froids se pointent, enfiler mon habit d'intérieur. M'enrouler dans un plaid, telle, dans son cocon, la chrysalide qui attend le printemps pour s'envoler. Et j'aime glisser mes pieds gelés dans des chaussons moelleux au doux parfum de fromage d'orteils. Tout cela fait-il de moi une vieille branche ?

Puisqu'il fait nuit à 18 heures, je ne me fais pas prier pour me coucher à l'heure des poules, et surtout ne plus me relever jusqu'au petit matin. Parfois, je plonge une main découragée dans mon foutoir, mon tiroir de table de nuit, et cherche à l'aveuglette un petit objet précieux, dont j'ai absolument besoin à cet instant. J'aime que ma main désespérée s'imagine chercher en vain ce qu'elle trouve pourtant. Avec délice, je m'empare de ce trésor de futilité : baume à lèvres, chouchou, stylo... Finalement, on peut parfois tomber sur ce qu'on cherche, et même dans un tiroir de table de nuit. (Il mériterait d'ailleurs tout un chapitre le mien. Tu visualises un sac à main de jeune maman ? Le cartable d'un prof ? Et un tiroir à pharmacie d'hyper hypocondriaque ? Voilà, tu mélanges le tout et tu obtiens à peu près le bazar de ce fameux tiroir.)

J'aime la chaleur de la tasse de thé ou de café, sa fumée que je respire, que j'inhale avant de boire son nectar. Théine et caféine coulent dans ma sève à l'approche des grands froids. Mon grand pif hume la chaleur, mes pores s'ouvrent sûrement en grand... Traitement beauté ? Je ne crois pas. Traitement détente ? Assurément.

En automne, je pense (encore plus) à la bouffe. Je me régale à répéter cette croyance populaire déculpabilisante : « Il faut faire du gras avant l'hiver. » Je prends donc le temps de songer aux prochains repas. Je les fantasme, et les cuisine si gras et si lourds dans mon imagination, que je ne peux déjà plus les digérer avant de les avoir préparés. J'aime alors faire mijoter une soupe poireaux, pommes de terre, carottes. Ce n'est pas de la grande cuisine, mais cela annonce l'hiver. Ou je fais dorer une tarte au potiron, parce que ça parfume d'automne la maison.

J'aime couvrir mes enfants parce que j'ai froid, moi. Et je ris sous cape en me souvenant de l'enfant que j'étais et qui subissait le même châtiment, le même habillage indésirable, et qui criait : « C'est pas parce que tu as froid que j'ai froid moi aussi ! ». Et je ris encore en imaginant mes filles couvrir leurs enfants quand elles auront froid, elles. Cet effet d'habillage, mis en abîme sur plusieurs générations, me met du baume au cœur...

J'aime entendre mon homme s'exclamer avec un enthousiasme enfantin : « Oh regarde l'érable : il est tout rouge ! » ; et voir les arbres mettre leur costume de bal automnal. Ce bal qui doit se terminer en soirée coquine, puisqu'ils finissent tous à poil.

J'aime marcher sur les sentiers de l'automne, entendre craquer les bogues de châtaignes et les glands sous mes chaussures boueuses. J'aime traverser la forêt à cheval, même si le frisson de l'automne frémit sous mon blouson. J'aime le souffle automnal qui s'échappe des naseaux d'un cheval au sang chaud. J'aime la chaleur du galop dans la fraîcheur d'une forêt rouge et jaune.

J'aime empiler les livres pour l'hiver, croire dur comme fer que je vais tout lire, et voyager déjà en assemblant leurs titres. L'automne, c'est la saison idéale pour relire Verlaine au coin du feu, ou au fond du pieu. Il faut simplement veiller à ne pas trop se couvrir de mélancolie et de nostalgie...


Les sanglots longs

Des violons

De l'automne

Blessent mon cœur

D'une langueur

Monotone.


Tout suffocant

Et blême, quand

Sonne l'heure,

Je me souviens

Des jours anciens

Et je pleure


Et je m'en vais

Au vent mauvais

Qui m'emporte

Deçà, delà,

Pareil à la

Feuille morte.